mercredi 20 avril 2016

Le voyage







Drôle,



De se dire que beaucoup de voyageurs sont perdus en fait, 
dans leur tête 


mais ça semble logique 


puisqu'ils essaient, d'une certaine manière, de faire concorder leur état mental

à leur statut 


géographique.


Ils cartographient l'intérieur de leur crâne, le projettent sur le sol, se baladent dedans et espèrent


se guérir un peu


en foulant le


hasard.



jeudi 14 avril 2016

Cheap therapy session


 
J'ai écrit un courrier à un collègue carabin qui n'allait pas très bien en revenant rapidement sur mon expérience des études de médecine, la découverte de mes troubles anxieux et le folklore qui a suivi : thérapies / décompensation / médicaments. Je le mets en ligne pour que ceux qui partagent les mêmes questionnements y trouvent un miroir, une aide ou une piste de réflexion.

1. Troubles anxieux, phobie sociale and stuff

J'ai mis un moment avant de comprendre que j'avais un problème.
Je ne sais pas si on peut dire que la médecine ne m'a pas trop réussie -j'aime bien dire que mes études ont eu raison de ma santé mentale, pour rigoler un peu-, si elles ont eu un effet catalyseur ou encore si mon état suit juste son évolution naturelle.

Ma première année d'externat. La cata. Mais alors, la lose intégrale quoi. Un peu au sens propre puisque j'ai tout perdu, je me suis perdue.
Je sais pas trop comment l'introduire alors je vais juste lâcher ça vite fait et arracher le pansement : il y en a qui ont la phobie des souris, moi j'ai la phobie des gens. J'ai la phobie sociale. Celle qui vous enferme dans votre chambre, dans votre tête, qui vous empêche de rencontrer les amis du copain, d'examiner un patient devant quelqu'un d'autre ou de lire un texte à voix haute.

La première vision que j'en ai eue c'est lors d'un stage dans un service de psychiatrie. Un service plutôt calme avec des patients sympas, pas trop psychotiques quoi. Un peu comme une médecine générale de la psy. Ou bien la psy vue par les médecins généralistes : dépression, troubles bipolaires légers, tentatives de suicide aussi. Et bien le premier phobique social que j'ai croisé était un homme : la quarantaine (comme quoi, ce n'est pas qu'une maladie de bonne-femme, au contraire). Il était surtout très embêté. Désolé de déranger. Dans son boulot on attendait qu'il ait confiance en lui, prenne des responsabilités mais c'était pas possible. Manger à la cafèt' avec ses collègues, leur faire la conversation, c'était compliqué. Faire une présentation, animer une réunion, non, jamais.

Mon problème, comme a pu s'en rendre compte mon chef de service quand j'ai fondu en larmes, hystériquement, en salle de staff après ma clinique ratée de fin de stage (je perds mes moyens quand je suis observée en train d'examiner un patient ou de conduire un entretien), c'était que je me sentais mieux de l'autre côté du miroir que du côté soignant. Je m'identifiais à ces gens perdus, c'était mes pairs, mes semblables, ce que n'étaient pas mes collègues étudiants/médecins. Ah. Je sentais bien que j'avais mis le doigt sur un truc / que je m'étais effondrée sur une case du monopoly. Un truc style dans ma tête et vaguement en relation avec les autres. Bon ça aurait pu être pire. Mais comme jamais un sans deux et deux sans trois, on m'a dit que je faisais aussi de l'anxiété généralisée et que j'avais des traits de personnalité pathologique (obsessionnelle-compulsive).

C'est important de parler des maladies mentales.

Dans l'imaginaire collectif, il y a la schizophrénie. Un peu les TOC ou les bipolaires. L'autisme pour ceux qui n'ont rien compris. En fait la plupart des malades mentaux sont des anxieux et des dépressifs. Notre cousin bizarre, la voisine, le vendeur de chaussures... Même parfois des proches ou des amis qui se font discrets malgré leurs difficultés du quotidien. Y'en a plein. Mais se faire coller une telle étiquette n'est pas une situation enviable. Et puis selon les milieux ça passe moyen, comprenez, c'est pas socialement acceptable de montrer des signes de faiblesse.

Donc pour présenter un peu le shmilblick, parce ce qu'on peut se dire que quand même, c'est ballot d'avoir peur des gens quand on est amené à en voir toute la journée en clinique : ce n'est pas la peur de l'autre à proprement parler (comme avec la souris) mais du jugement. Le grand rêve des phobiques sociaux c'est le pouvoir de l'invisibilité : devenir un papier peint humain. Un papier peint qui fait sa vie tranquille sans que personne ne le voit. Surtout ne pas interférer dans la vie des autres, faire le moindre remou, ce serait une grande catastrophe sinon. C'est du trac puissance 1000, non seulement quand on monte sur scène puis jusqu'à la fin de la chanson et encore après. Ou simplement quand on va acheter une baguette de pain.
Chaque petite intéraction du quotidien devient insurmontable. Ca bouffe une énergie incroyable et c'est, bien sûr, totalement irrationnel.


  1. Quand j'ai l'air pire, je vais déjà mieux ou le salut du burn-out

Il y a 4 ans, j'ai fait mon premier "burn-out".
Ce n'est probablement pas le terme qu'il faut employer (décompensation?) mais c'est celui que je choisis parce que je l'aime bien. J'ai pris feu.
C'est très facile comme analogie, le phoenix, mais c'est ça qui est génial. Quand tout va au plus mal, il ne reste plus que moi, sans les masques. C'est le cas ici, en tout cas. Maintenant je sais, que quand mes troubles anxieux sont à leur paroxysme, il faut que je change quelque chose. Rien ne marche plus. Tous les systèmes que je mets en place crashent les uns après les autres. Ok ok. J'arrête tout et je reprends du début. Tu t'es vue là ? Tu crois vraiment que tu peux continuer à marcher les pieds sur la tête ? Tu peux pas continuer à badigeonner de couches de peintures si le mur, au départ, est tout moisi.

En décembre, ras-le-bol, je prends un billet pour l'Australie. Tant pis pour ma D2, quitte à redoubler autant profiter du temps qu'il me reste pour respirer. Et quelle bonne idée !
S'arrêter est salutaire.

S'ARRETER EST SALUTAIRE.

Même si c'est pour travailler 2 mois à Mcdo, oui, même si toi, étudiant en médecine, tu te trouves trop bien pour perdre ton temps à faire un job qui te sors de ta condition (on m'a fait cette réflexion). Changer d'environnement pour remettre les girouettes à zéro.


  1. Ce que j'ai envie de dire aux carabins qui se sentent différents

La maladie mentale c'est OK. Avoir des blessures, des failles, c'est OK. Peut-être, la différence, c'est ce que vous en faites. J'ai essayé d'enterrer ou de l'ignorer et bien, comme le couvercle sur la marmite, ça a mis de l'eau partout.
C'est important de prendre du temps pour soi et de s'écouter.

On nous pousse à être plus performant, des bêtes de concours, on se retrouve catapultés dans un milieu difficile qui nous met face à des situations auxquelles on aurait pas imaginé être confrontés : l'intimité ou comment faire un toucher rectal sans être trop « intrusif » ? La psychothérapie de soutien (+option assistant social). Devenir le vase, le confident des patients qui se déversent et s'abandonnent à notre confiance.
Suturer des individus menottés, surveillés par la police. Examiner un psychopathe slash meurtrier qui vous fait des menaces de mort. De nombreux tableaux colorés.
Bon perso, j'avais pas signé pour ça. Et quand bien même, on pas de garde-fou. Le seul réconfort, si on rentre dans le moule, c'est le « Party hard », « On est tous passés par là » et les blagues graveleuses. Suuuuper les gars.

Ce que j'aurai retenu déjà, c'est de faire passer ses besoins en premier.
Si je vais mal, je pourrais aider personne. Pas faire le job.

Je me suis arrêtée pour faire le point et définir mes priorités : peut-être que c'est d'avoir un super classement à l'ECN pour faire médecine interne / néphrologie ou... peut-être pas en fait ?
Ca va de : est-ce que j'ai vraiment envie de travailler à l'hôpital, de faire des gardes à 60 ans un jour férié ? De travailler 70 heures par semaine ?
Jusqu'à : si j'avais pas besoin d'argent pour vivre, est-ce que je serais là en train de faire ce que je fais ? Je ferais quoi ? Quels sont les activités/ intérêts que j'ai mis de côté depuis la P1 et qui me manquent ?

Et puis j'ai eu recours à diverses thérapies et médocs :

1) Les psychiatres / psychologues : ne pas hésiter à en changer si le feeling ne colle pas ou plus.
2) TCC : Je ne suis pas ce que je pense 
+ « Méditer chaque jour » -Christophe André (un psychiatre qui a beaucoup écrit sur la phobie sociale et introduit la méditation en pleine conscience dans ses thérapies)
3) Le corps : activité physique, méthode relaxation par relâchement musculaire...
4)Créer des trucs.
5)Les antidépresseurs : un an sous Effexor. 

Voilà, courage à tous les galériens dans leurs monologues intérieurs.

(2015) 

Le texte sur l'image est un extrait de "L'enfant de la haute mer" de Jules Supervielle
La purée c'est NR ("La dissonance des corps")